06/05/11

L’horreur. Tous mes livres sont dans l’autre valise, celle que je n’ai pas avec moi. La perspective d’une journée de vol sans rien à lire, sans rien pour me distraire pendant un long voyage, dans le brouhaha incessant des passagers, des moteurs, du vent… mes épaules en souffrent déjà.

Premier voyage en tant qu’individu, celui qu’il fait pour devenir adulte. J’ai encore du mal à me dire que je vais bientôt partir, ce départ tant espéré depuis si longtemps. J’en ai fantasmé de ce moment, j’étais sur que j’y trouverai la réponse à l’angoisse qui m’accompagnait fidèlement depuis le début de l’adolescence. Ce gouffre immense que je regarde la tête penchée, sur la pointe des pieds. Au bord du ravin, on ne peut que se laisser hypnotisé par le charme du vide, un espace lourd d’ombre, de silence, où il n’est plus question de gravité, mais du souffle. Celui que notre cœur à tant de peine à rattraper, car très vite, tout s’élance avec foi dans « ça ». Tout, sauf moi. Je le sais très bien, il me faut me jeter, tout doit être là, il n’y a plus rien en haut, Dieu est déjà mort, les saints ne sont plus que des contes, il ne reste que l’homme, là, au sol, sur une canne,  une canne de fer, que bientôt, la rouille viendra écraser de son poids. Il nous faut sauter, il me le faut. Mais, je n’y arrive pas. Je reste là, immobile devant ce que j’ai enfin trouvé, de l’équilibre dont je me suis attaché. Rompre cet équilibre, j’ai compris qu’il me fallait partir, qu’ailleurs, je trouverai la force de le faire, ce pas.

Partir ailleurs, n’importe où. Et me voilà, dans un petit avion, en direction de ma première escale, de Montréal à Chicago. L’avion décolle, je tâte mon pouls, il bat si vite, mais pourtant, mes yeux ne ressentent rien. Il n’y a pas d’angoisse, de peur, d’excitation, de joie, il n’y a là, que la fatigue, l’exhaustion. Un cœur qui puisse ses dernières forces pour tenir le coup, résister jusqu’à l’arriver. Je n’ai aucune idée de la suite, ce qui m’attend. Je ne sais plus rien. Il n’y a que l’attente, celle d’un regard sans force sur les terres, l’épais brouillard, un blanc qui s’étire.

06/05

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